L'or en Guyane française
(Extraits
de larticle : La nouvelle ruée vers lor en Guyane française,
lexemple du gîte de Dorlin, C. Gineste, Le Règne Minéral,
Mars-Avril 1999, pp. 34-43)
Située au Nord-Est du craton Guyanais, vieux denviron 2 Ga, la Guyane française est depuis près dun siècle et demi un lieu dextraction aurifère. Lexploitation sest longtemps concentrée sur les placers alluviaux les plus riches puis les progrès techniques et les fluctuations du cours de lor ont permis de sintéresser aux gisements éluvionnaires et enfin lavancé des connaissances géologiques de la région permet aujourdhui de se tourner vers les gisements primaires.
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| Bibliographie | |
Cest au début du siècle que la production dor a été la plus importante en Guyane française et aujourdhui lexploitation des gîtes superficiels, enfin mécanisée, doit se rabattre sur des placers alluviaux, dont le plus gros de lor a déjà été extrait, ou sur les éluvions, peu travaillés par les anciens.
Mais parallèlement, sous limpulsion du BRGM et de son Inventaire Minier de la Guyane le pays est devenu depuis peu lune des régions les plus prometteuses pour lexploration aurifère, comme dailleurs le reste du bouclier Guyanais. Ainsi les compagnies minières nord-américaines affluent vers la Guyane en vue de prospecter les indices dor primaires qui nont encore jamais fait lobjet dune exploitation à grande échelle.
Cet élan a dailleurs pu se concrétiser au Guyana où la mine dOmaï, dont lexploitation a débuté en 1993, constitue, avec des réserves de 4.2 millions donces (environ 126 t.), lune des plus importante mine dor dAmérique du Sud.
En ce qui concerne la Guyane la production annuelle, en très grande partie issue des gisements alluvionnaires et éluvionnaires, mais qui depuis quelques années est en progression constante, est d'environ 3 tonnes. Compte tenu de sa faible population la Guyane est ainsi le plus important producteur dor par habitant au monde. Le cumul historique de lor extrait sélève aujourd'hui à environ 170 tonnes.
Le craton guyanais s'étend sur plus de 1 500 000 km² du Nord-Est du Brésil à la pointe orientale de la Colombie en passant par la Guyane, le Surinam, le Guyana et le Sud-Est du Venezuela. Il est identique en nature et en âge au craton Ouest-Africain auquel il était rattaché avant l'ouverture de l'Atlantique.
En Guyane française
il est composé de roches volcano-sédimentaires du Paléoprotérozoïque
qui ont été métamorphisées dans les faciès
des schistes verts ou des amphibolites durant lorogenèse Trans-Amazonienne
il y a environ 2 Ga (milliards dannées). Cette orogenèse
a vu également la mise en place des intrusions granitiques ainsi que
le dépôt de roches détritiques résultant du démantèlement
des nouveaux reliefs.
Les ceintures de roches vertes s'organisent en deux bandes parallèles globalement orientées Est-Ouest et séparées par un massif central granitique. Les principales unités constituant ces ceintures sont:
- Le Paramaca inférieur, volcano-sédimentaire, composé de métavolcanites acides et basiques et de métapyroclastites (cendres, tufs, ponces et ignimbrites) ainsi que de quelques intercalations sédimentaires.
- Le Paramaca supérieur, formation flyshoïde, constitué de grès fins, grauwackes, siltites noires et pélites.
- L'Ensemble Détritique Supérieur composé d'une alternance de faciès gréseux ou quartzitiques et de faciès conglomératiques. Ces dépôts discordants jalonnent le Sillon Nord Guyanais constitué de bassins allongés de type pull-apart issus d'un contexte décrochant sénestre.
Lessentiel du territoire est cependant constitué de roches magmatiques. Les ceintures de roches vertes sont recoupées par des intrusions de deux types:
- Les intrusions de gabbros et diorites mises en place antérieurement à la phase érosive du Sillon Nord Guyanais.
- Les intrusions de granite et granitoïdes guyanais et caraïbes, constituées de granites d'anatexie.
Un peu de métallogénie: les minéralisations aurifères...
Dun point de vue metallogénique lor a une certaine affinité avec le volcanisme. Cette affinité se manifeste notamment au sein des ceintures de roches vertes de lArchéen et du Protérozoïque dans les boucliers anciens. Ces ceintures sont des formations volcano-sédimentaires dans lesquelles on peut rencontrer des amas sulfurés aurifères ou des gisements détritiques. Dans ces formations lor peut également se reconcentrer au niveau de zones de cisaillement ou shear-zones. Les gisements économiques sont la plupart du temps polyphasés. La production dor provenant de gisements liés aux ceintures de roches vertes représente plus de 20 % de la production mondiale (le reste étant issu en grande partie des gisements alluvionnaires et du paléoplacer géant que constitue le Witwatersrand en Afrique du Sud). De célèbres mines à travers le monde entrent dans la catégorie de ces gisements: la Mother Lode en Californie; le district de Kalgoorlie en Australie; Ashanti au Ghana...
...en Guyane Française
Comme lon peut le constater sur la carte géologique de la Guyane lessentiel des indices aurifères se localise au contact Paramaca - Ensemble Détritique Supérieur ou bien au contact Paramaca - intrusions granitiques.
J.P. Milési et al. (1995) ont distingué trois types de minéralisation dans les gîtes primaires de Guyane:
- Les minéralisations précoces liées aux strates de type « tourmalinite-hosted » dans les formations du Paramaca et dont le gîte de Dorlin est le meilleur exemple.
- Les minéralisations discordantes sous forme de filons ou stockworks encaissés dans l'ensemble des ceintures vertes.
- Les conglomérats
aurifères de l'Ensemble Détritique Supérieur du Sillon
Nord Guyanais issus en partie de l'érosion des minéralisations
filoniennes et qui sont comparables aux gisements des conglomérats et
grés fluvio-deltaïques du Tarkwaïen sur le Craton Ouest Africain.
Historique
Dés le XVIIème siècle les premières expéditions vers les Guyanes ont été motivées par la découverte dun mythique El Dorado. Il faudra cependant attendre le milieu du XIXème siècle et les ruées vers lor, qui commencent en Californie puis se propagent en Australie, en Afrique du Sud et au Brésil, pour que lor soit enfin découvert en Guyane.
Il est signalé pour
la première fois en 1855 par Paoline, orpailleur brésilien, dans
la crique Aïcoupaïe dans le bassin de lApprouague. Cet événement
provoque rapidement une ruée vers lintérieur des terres
où les premiers aventuriers recherchent lor à la simple
batée et lexploitent à laide du long-tom puis du véritable
sluice arrivé de Californie.


La première société à sintéresser à lor de Guyane se constitue en 1855, il sagit de la Société de lApprouague. Elle obtient une concession de 200 000 ha sur laquelle elle exploite les placers les plus riches. Dès le début les résultats sont inespérés malgré linexpérience des premiers exploitants. Cependant cette société a également une activité agricole qui contrairement à lextraction aurifère est non rentable, ceci entraîne rapidement sa ruine.
Mais cet échec relatif nentame en rien la motivation des premiers prospecteurs et les recherches dans les autres cours deau de Guyane permettent par la suite la découverte des placers du Comté, du Sinnamary (Saint Elie et Adieu Vat en 1873), de la Mana (Elysée en 1878) et du Maroni. Cest alors lépoque des rushes: chaque nouvelle découverte draine vers lintérieur des milliers de prospecteurs qui se concentrent souvent sur des placers de surface très réduite. Ainsi Levat (1898) rapporte lhistoire du rush du Carsewème, sur la frontière Est alors contestée avec le Brésil : les 2 premiers prospecteurs rapportèrent à Cayenne, de leur séjour de 2 mois sur place, 140 et 160 kg dor. Les hommes affluèrent alors de toute la Guyane ainsi que des Antilles et vers la fin 1894 ils étaient plus de 6000 à travailler sur les placers du secteur.
Cest entre 1860 et 1904, période des Grands Placers, que la production est la plus importante en atteignant près de 5 t en 1894. De plus le début du siècle est marqué par la découverte des riches gisements de la Haute-Mana et du bassin de lInini. Mais commence également à cette époque le maraudage, oeuvre de brigands qui, par de nombreux vols et agressions, mettent en danger la sécurité des ouvriers dans les chantiers. Les permis sont de moins en moins respectés et les vrais chantiers sont peu à peu abandonnés. Les orpailleurs font place à des bricoleurs ou des maraudeurs qui exploitent à leur propre compte des placers avec anarchie, se contentant de lor grossier.
Malgré lintroduction de nouvelles techniques, comme ce fut le cas à Saint Elie, avec lutilisation du monitoring, de concasseurs et de dragues à godets la production dor chute inéluctablement à lapproche de la seconde guerre. Le manque de main duvre, les conditions de travail difficiles du fait de la précarité des infrastructures et surtout la frilosité des investisseurs ont nui au développement dune industrie aurifère solide en Guyane durant la première moitié du XXème siècle.
Cest seulement dans les années 50 que les placers commencent à être exploités de manière plus industrielle avec lutilisation de draglines et bulldozers. Les méthodes de récupération sont également perfectionnées grâce aux débourbeurs, trommels et jigs qui viennent sajouter aux sluices dans les nouvelles laveries gravimétriques. De plus la hausse du cours de lor samorce à la fin des années 70 et incite quelques investisseurs à sintéresser à nouveau à la Guyane. Les vieux chantiers abandonnés tels que Paul Isnard ou Boulanger sont réactivés. Bien que recelant de lor à des teneurs plus faible quauparavant ils se révèlent encore rentables grâce aux nouvelles techniques mécanisées qui permettent de traiter des volumes considérables.
La mine de Boulanger, située à proximité de la route Cayenne-Régina, est la première exploitation moderne. Entre lexploitation des alluvions de 1954 à 1960, puis des éluvions de 1975 à 1979 elle a fournit en tout environ 2.53t dor.
Entre 1957 et 1963 lor filonien de Sophie (Haute-Mana), découvert une vingtaine dannées auparavant, fait lobjet dune exploitation par la Société des Mines de Saint Elie. Environ 1680 kg dor seront extraits à ciel ouvert.
Plus en aval dans le bassin de la Mana plusieurs sociétés vont se succéder de 1966 à 1996 pour exploiter mécaniquement le gisement alluvionnaire de Paul Isnard. Quelques kilomètres plus à lEst des travaux sont entrepris sur les éluvions de Délice; entre 1978 et 1988 leur exploitation va fournir environ 1150 kg dor.
Dés 1978 les premières dragues suceuses, originaires des Etats-Unis, font leur apparition sur les fleuves guyanais. Il sagit de barges équipées dun sluice sur lequel sont acheminés les graviers aspirés par une «pompe» type couple-jet quun plongeur promène dans le lit de la rivière. Ces installations se rencontrent principalement sur le Maroni, lOyapock et lApprouague.
En 1985 est mis en exploitation le gisement de Changement, situé à proximité de Boulanger, duquel est extrait lor de la zone oxydée par le procédé de lixiviation en tas (cyanuration) alors inédit en Guyane.
Pour plus de détails
sur laventure aurifère en Guyane on pourra se référer
aux deux excellents ouvrages historiques de Petot (1986 et 1993) agrémentés
de nombreuses anecdotes.
Dorlin
Dans
le bassin du Petit Inini, une des région les plus reculées de
Guyane, se côtoient des travaux dexploration sur les gisements primaires
et des travaux artisanaux dexploitation sur les gisements secondaires.
Dun point de vue minéralogique le gisement primaire de Dorlin dun
type unique en Guyane se distingue par labondance de tourmaline aciculaire
tandis que le gisement secondaire est particulièrement riche en pépites
pouvant atteindre de grosses tailles.
Situation
Dorlin se situe à 185 km au S-W de Cayenne à proximité du Petit-Inini affluent de l'Inini, lui même affluent du Maroni au niveau de Maripasoula.
La région, très isolée, n'est accessible que par avion grâce à la petite piste datterrissage du camp Guyanor ou par pirogue depuis Saint-Laurent-du-Maroni et Maripasoula en saison des pluies. Elle comprend plusieurs sommets parmi les plus élevés de Guyane (Monts Belvédères à plus de 700 m) qui sont recouverts d'une forêt équatoriale de montagne. Le relief est relativement accidenté, entaillé par des talwegs encaissés laissant peu de place aux zones marécageuses, beaucoup plus fréquentes au Nord du département.
Géologie
Le projet de Dorlin se situe sur le contact Nord-Sud entre les séries
du Paramaca à l'Est et plusieurs batholites granitiques à l'Ouest.
Géomorphologiquement et particulièrement vus du ciel ces deux ensembles lithologiques se distinguent nettement lun de lautre: les roches vertes donnent un relief en crêtes continues et aiguës tandis que les granitoïdes se signalent par un relief en dômes de petite taille.
1- Les gisements primaires
Les indices aurifères primaires de la région de Dorlin peuvent être répartis en deux ensembles:
- une minéralisation hydrothermale stratiforme et synvolcanique présentant une zonalité, avec un coeur à silice-tourmaline-sulfures et une enveloppe externe à chlorite-sulfures. De direction N-S le coeur, désigné sous le terme de brèche à silice-tourmaline, a une extension d'au moins 5 km et une épaisseur moyenne de 75 mètres. Ce faciès minéralisé est localisé sur la Montagne Nivré, au sud du camp Guyanor, où se concentre l'essentiel des travaux modernes d'exploration. Très induré il a résisté à lérosion et forme par endroits une crête rocheuse impressionnante, de plusieurs dizaines de mètres de haut, dominant la forêt.
Sur le plan tectonique le corps minéralisé a subi deux phases de déformation, la seconde étant à lorigine dun méga-antiforme dont laxe est confondu avec la crête de la montagne Nivré.
Sa teneur or est relativement faible mais le volume est important.
- une minéralisation probablement remobilisée et redéposée sous forme de stockworks de veines de quartz et de shear-zones dans les granitoïdes de l'Ouest du prospect.
2-
Les gisements secondaires
Dans cette catégorie sont rassemblés les gisements de type éluviaux et alluviaux.
Les conditions climatiques de cette région équatoriale sont favorables à lhydrolyse des silicates et ont contribué, sur des millions dannées, à la formation dhorizons daltération.
Dans lhorizon latéritiques lor sest concentré à des teneurs bien supérieures à celles des roches dont il est issu. Ce fait est très important car il rend souvent exploitables des gisements qui sans ces conditions daltération ne le seraient pas.
Lor alluvionnaire quant à lui est dispersé dans les « criques » (cours deau guyanais) drainant les terrains ayant des minéralisations primaires et des éluvions minéralisés. Il se trouve pour lessentiel dans une couche de graviers à la teinte grisâtre due à labondance de tourmaline. Cette couche repose sur le bed-rock altéré en une glaise collante et est recouverte dune couche de matériel argilo-sableux dont lépaisseur atteint parfois plusieurs mètres. Lorsquelle était trop importante lépaisseur de cette couche interdisait laccès des graviers aux chantiers rudimentaires et a permis de sauvegarder le potentiel aurifère de certaines zones du placer.
Le volume des alluvions est assez faible dans les criques, trop étroites dans cette région montagneuse; les volumes les plus importants se situent à la confluence des criques où ils constituent de larges flats marécageux. A Dorlin la confluence de la crique DArtagnan, drainant le flanc Ouest de la montagne Nivré, avec le Petit-Inini représente une zone particulièrement riche qui aujourdhui encore est exploitée par les orpailleurs de manière artisanale.
Comme dans tout le bassin de lInini lorpaillage est
pratiqué de longue date à Dorlin. Danciennes fouilles par
tranchées dans les éluvions sont nombreuses aux abords du Petit-Inini
et de la Crique Sept-Kilos. Mais la forêt semble vite reprendre ses droits
sur ces petits travaux qui sont désormais envahis par une végétation
luxuriante.
Les principaux chantiers dorpaillage en activité autour de Dorlin se situent sur les criques tributaires du Petit-Inini avec damont en aval Crique Frère, dArtagnan, Morange et Jadfar.
Aujourdhui les orpailleurs doivent, pour travailler légalement, obtenir un permis de 1 km² délivré par la DRIRE (Direction Régionale de lIndustrie, de la Recherche et de lEnvironnement). Mais la forêt guyanaise est bien éloignée de la métropole et aujourdhui encore de nombreux orpailleurs travaillent en toute illégalité, en dehors de leur permis ou tout simplement sans permis.
Les chantiers sont toujours très isolés et lacheminement du matériel et du carburant pose souvent des problèmes logistiques. Il doit dabord se faire au moyen de pirogues qui remontent la rivière jusquà ce que leur progression soit freinée par un niveau deau trop bas. Il faut ensuite faire appel à un hélicoptère qui effectue des rotations entre les pirogues et le chantier.

Lexploitation des placers alluvionnaires sopère dans des baranques: de larges fosses creusées à la pelle mécanique jusquau niveau de la couche à graviers. Labattage des alluvions se fait ensuite au monitor, sorte de puissante lance à incendie, en attaquant la base du talus. La boue chargée dalluvions est récupérée par des pompes à gravier aboutissant sur une caisse de débourbage à lentrée des sluices. Ces derniers sont constitués de deux canaux en bois étagés assez courts pour leur largeur. Leur fond est garni dune moquette en matière plastique recouverte dune grille métallique de type tôle déployée. Lors du clean-up les moquettes sont lavées, les minéraux lourds concentrés à la batée, puis lor récupéré par amalgamation. On peut noter avec optimisme que certains orpailleurs utilisent désormais des distillateurs à mercure permettant la récupération du métal qui depuis trop longtemps pollue les rivières guyanaises. Autre point positif: à la sortie des sluices leau boueuse aboutit généralement dans les vieilles baranques où elle peut se décanter, au moins en partie, avant de se déverser dans les criques.

Cette méthode de récupération est cependant assez archaïque et le rendement ne semble pas optimal. En effet la prospection des déblais peut se solder par la découverte de pépites de plusieurs dizaines de gramme! En fait lexploitation avec le genre de sluice utilisé ne tient pas compte de la particularité du gisement qui est relativement riche en pépites de grosse taille. Celles qui passent au travers de la caisse à pépites ne peuvent pas être récupérées par le sluice dépourvu de rifles et dont la moquette ne retient que lor fin.
Malgré cela la production à Dorlin reste très importante pour une exploitation artisanale: fin 1997 la production mensuelle était denviron 80 kg sur le chantier le plus riche. Il faut préciser que tant que le matériel est en état de marche le chantier travaille 24 heures sur 24, les équipes se relayant de jour comme de nuit. La majorité des chantiers dorpaillage du bassin de lInini appartient à des Bonis (groupe ethnique du peuple des Noirs-Marrons) de Maripasoula qui emploient des ouvriers brésiliens dont la réputation dexcellents orpailleurs nest plus à faire. Ceux ci, souvent clandestins, sont attirés en Guyane par des salaires bien plus élevés quau Brésil. Leur ardeur au travail est compréhensible puisque dordinaire le salaire quils perçoivent dépend directement de la production. Cependant, malgré des outils modernes dexploitation, les conditions de travail restent difficiles et le bilan sanitaire est parfois désastreux (cas de typhoïdes).
Une fois lexploitation terminée les baranques doivent être rebouchées et recouvertes dune couche dargile, la végétation ne peut en effet recoloniser les chantiers envahis de graviers. Cependant cette règle est rarement respectée et lorsquelle lest on peut se demander si cela est dicté par une préoccupation écologique ou si ce nest pas plutôt pour empêcher la fouille par les petits orpailleurs de déblais encore très riches.
Parallèlement les éluvions sont également travaillés par certains orpailleurs. Cependant ces dépôts ont le désavantage de se situer en hauteur par rapport aux gisements alluviaux et les orpailleurs doivent donc disposer de pompes puissantes pour acheminer leau jusquaux sites. De plus linduration de la latérite par rapport aux alluvions meubles rend son abattage beaucoup plus difficile. Par conséquent ce genre dexploitation ne concerne que des petits groupes qui concentrent leur travail sur les zones les plus riches. Seules les pépites sont récupérées, souvent avec laide du détecteur de métaux. Cet appareil est cependant le seul signe de modernité sur ces petits chantiers où le reste de loutillage reste aussi rudimentaire quau siècle dernier.
Elle concerne les gisements primaires de la Montagne Nivré
de type brèche à silice-tourmaline et veines de quartz ainsi que
le gisement alluvionnaire de la Crique dArtagnan, directement issu des
gisements primaires.
Quartz SiO2
Dans la brèche, le plus souvent en grains millimétriques associés à la tourmaline. Egalement en filonnets millimétriques à décimétriques recoupant cette brèche. Il existe aussi des filons indépendants de la brèche à silice-tourmaline. Leur périphérie est souvent constituée de quartz saccharoïde tandis que le centre plus compact est parfois géodique. Ces géodes montrent des cristaux hyalins à laiteux, dépassant le centimètre, à prismes bien développés parfois groupés en peignes.
Tourmaline (Dravite / Schorlite)
Ce
minéral apparaît sous des formes très variées:
En cristaux automorphes trapus de teinte noire, dépassant parfois le centimètre. Ils sont noyés dans les tufs ou la brèche à silice-tourmaline.
Dans la brèche à silice-tourmaline elle épigénise des éléments de roche volcanique. Elle se présente en amas plus ou moins arrondis à aiguilles rayonnantes de 2 à 3 cm de diamètre. Les amas les plus importants (quelques décimètres) sont souvent géodiques et la tourmaline constitue alors des groupes fibroradiés très fins et très fragiles. Les cristaux les plus épais sont noirâtres tandis que les plus fins sont gris-verdâtres. Certains affleurements de la brèche montrent de grosses masses dune roche poreuse relativement légère qui, en fait, est entièrement constituée de fines aiguilles de tourmaline agglomérées.
Calcite CaCO3
Assez rare, dans la brèche à silice-tourmaline, en filonnets géodiques montrant des rhomboèdres aplatis.
Pyrite FeS2
Cest le principal sulfure rencontré dans la région. Elle apparaît en cristaux millimétriques disséminés dans les tufs. Dans la brèche à silice-tourmaline elle se présente sous la forme de cristaux isolés, noyés dans la masse; en filonnets de quelques centimètres dépaisseur parfois géodiques; et enfin dans les amas de tourmaline fibroradiés en agrégats de cristaux atteignant le cm. Les formes les plus répandues sont le pentagono-dodécaèdre et sa combinaison avec le cube.
Chalcopyrite CuFeS2
Elle est assez fréquente dans la brèche, sous forme de mouches millimétriques à centimétriques associées à la pyrite.
Cuivre gris (Cu,Fe)12(Sb,As)4S13
Assez rare, en cristaux gris fragiles noyés dans le quartz.
Or Au
Or primaire: Le principal corps minéralisé en or est la brèche à silice-tourmaline. Cependant lor ny est que très rarement visible à loeil nu. La plupart du temps il nest discernable que sur sections polies au microscope metallographique, intimement associé à la pyrite et à la chalcopyrite. Quelques filons de quartz moins importants que la brèche à silice-tourmaline fournissent cependant des échantillons minéralisés en or millimétrique. Comme dans la brèche lor y est associé à la pyrite. A laffleurement celle-ci a subi laltération et constitue des boxworks plus ou moins remplis de limonite. Souvent lor se localise dans les microfissures de la pyrite. Sur les échantillons non-altérés on observe de minuscules veinules parcourant la pyrite dans des directions quelconques. Dans les cristaux totalement altérés il ne reste plus que lor sous forme de fins feuillets enchevêtrés. Ces échantillons sont très fragiles car souvent les feuillets nadhèrent quen quelques points à la gangue. Des micropépites de 1 à 2 mm ont également été trouvées dans certains cristaux partiellement altérés. Dautres cristaux sont recouverts dune fine pellicule dor qui sest développée à linterface entre la pyrite et le quartz formant parfois des dendrites. Enfin il existe de très rares cristaux dor idiomorphes, millimétriques, aux arêtes arrondies.

Or alluvionnaire: Une des particularités des gisements alluvionnaires de Dorlin est labondance de lor sous forme de pépites. Cest dailleurs de cette région que provient une des plus grosses pépites de Guyane: son poids exceptionnel a donné son nom à la Crique « Sept-Kilos »! Aujourdhui encore des pépites de taille tout à fait respectable, de quelques dizaines de grammes, sont découvertes régulièrement sur les chantiers (et leurs déblais) de la Crique dArtagnan. Les plus grosses ont généralement une forme spongieuse, tandis que les plus petites sont aplaties. Elles contiennent fréquemment des inclusions de grains de quartz. Quelques unes montrent des formes cristallines cubiques aux arêtes plus ou moins émoussées. Exceptionnellement des blocs de quartz laiteux plus ou moins roulés sont minéralisés. Ils montrent des inclusions dor dune taille bien supérieure à celles observées sur les filons en place. Malheureusement les orpailleurs ne réalisent pas que du point de vue minéralogique lor sur gangue a beaucoup plus de valeur que des pépites isolées. Ainsi jai pu observer avec dépit chez un orpailleur une superbe masse dor spongieuse dune dizaine de gramme quil avait dégagé de sa gangue de quartz à lacide fluorhydrique.


Les éluvions fournissent également quelques pépites bien quelles soient généralement de plus petite taille que celles des alluvions.


Goethite a-Fe+3O(OH)
Cet oxyde provient de laltération de la pyrite. Il est abondant dans la brèche où il forme de petites billes noires implantées sur les aiguilles de tourmaline quil recouvre parfois totalement. Des microbilles luisantes de goethite sont également associées à lor dans les boxworks de pyrite.
Parallèlement ce minéral est très abondant dans la carapace latéritique sous forme de pisolithes, ou localement dans la cuirasse sous forme de croûtes mamelonnées et rubanées de plusieurs décimètres dépaisseur.
Soufre S
Assez fréquent, dans la brèche, en petits cristaux jaune pale côtoyant des reliques squelettiques de cristaux de pyrite.
Chrysocolle (Cu, Al)2H2Si2O5(OH)4.n H2O
Assez rare, rencontré dans quelques carottes recoupant la zone oxydée du gisement, en fins enduits imprégnant la brèche à proximité de la chalcopyrite altérée.
Cérusite Pb CO3
Un cristal accompagné de billes de goethite a été observé dans les boxworks dun filon de quartz aurifère.
Machairas (1963) a signalé également à Dorlin: pyrrhotite, arsénopyrite, blende et galène.
L'accessibilité aux sites
Si vous souhaitez goûter à laventure aurifère guyanaise sachez dores et déjà que les travaux dexploration, servis de la plupart du temps par leur isolement géographique, ne peuvent pas être visités.
Cependant certains sites
intéressant sont accessibles par la route au Nord-Est du département.
Il sagit essentiellement de la région de Boulanger-Changement,
à proximité de la N2 menant de Cayenne à Régina,
et du filon Trésor sur la piste de Kaw.
La remontée en pirogue du Maroni, un grand classique du tourisme guyanais,
peut être loccasion de rencontrer des orpailleurs travaillant sur
des dragues suceuses.
Il est également possible de visiter Saint-Elie, Maripasoula ou Saül, les trois principaux villages dorpailleur de Guyane tous accessibles par les airs. De là les excursions vers les chantiers dorpaillage plus reculés sont possibles mais elles ne simprovisent pas et nécessitent souvent lassistance dun guide.
Remerciements
Au terme de cet article je tiens à remercier Jean-François Sauvage, D.G. de Guyanor Ressources qui a bien voulu autoriser la publication des informations relatives au gîte primaire de Dorlin. Je remercie également tous mes ex-collègues prospecteurs et géologues de Dorlin et notamment Daniel Boulay et Cyrille Chaussin pour leurs clichés.
Ma reconnaissance ira enfin à Robert Vernet pour sa collaboration photographique et au Professeur Francis Tollon de lUniversité Paul Sabatier, Toulouse pour sa relecture du texte.

ANONYME (1995) - Guyane Golden dOr. Country supplement, Mining Journal, 2 juin 1995, vol. 324, n°8329.
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CHOUBERT B. (1952). - La mine dor de Saint-Elie - Adieu-Vat en Guyane française. Echo des mines et de la metallurgie.
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