Plomb-Zinc-Argent

Mine Mérétrice

La seule mine de plomb de Nouvelle-Calédonie est un gîte du district du Diahot qui se distingue des autres indices à cuivre par sa richesse en galène et blende..


Le carreau de la mine est situé en rive gauche du Diahot, 8.5 km au SW de Ouégoa. Depuis le pont de Ouégoa il faut prendre la piste qui suit la rive gauche du Diahot et mène à Arama. Peu après avoir franchi le creek Djavel prendre, face à une habitation, une petite piste à gauche qui mène à la mine.

Historique

Sa découverte remonte à 1884, elle serait due à trois colons nommés Napoléon Lorre, Etienne Paulin et Henri Béranger qui s’associent à Louis Montagnat. Ce dernier fait le 3 novembre 1884, au nom de l’ Association pour la Mine Mérétrice, une demande de concession de 25 ha sous le nom de ‘Mérétrice’. Dans le même temps il demande une concession de 100 ha, englobant la Mérétrice, sous le nom de ‘Boiteuse’.

Après avoir pris possession de la mine Pilou, Higginson décide de s’installer durablement sur la rive gauche du Diahot et la découverte de la Mérétrice l’intéresse. Le 25 novembre 1884, les trois associés de Montagnat cèdent leurs droits à Higginson.

Pour débuter les travaux une partie du matériel de la mine Balade, désormais en sommeil, est transportée sur place. L’exploitation est opérée sous la supervision de Pelatan.

Le garde-mine Croisille se rend en mission dans le Diahot et sur la Mérétrice en 1886 pour apprécier l’état des travaux. Ils comprennent : une galerie inclinée suivant le filon n°1 en profondeur et en direction; deux galeries allant rejoindre en profondeur le filon n°2; un puits foncé sur le filon n°3. Déjà à cette époque, le directeur de la mine prévoit d’exploiter les filons à ciel ouvert en raison de la mauvaise tenue des terrains qui provoquait l’éboulement des galeries. Le personnel travaillant sur place se compose d’un contremaître, 4 libérés et 56 condamnés sous la conduite de 2 surveillants militaires.

Le gîte est décrit à l’époque comme 3 filons ou lentilles de plomb argentifère parallèles dénommés Ethel, Pelatan et Brooks. La plus importante des lentilles mesure 65 mètres de long sur 4 mètres de large. Ces trois lentilles sont orientées NW-SE. Le minerai oxydé des 10 mètres superficiels est très pauvre en zinc, mais enrichi en plomb et argent.

Le 5 août 1886 Louis Montagnat cède tous ses droits à Higginson et Pelatan. En même temps Higginson et son gendre deviennent propriétaires chacun pour moitié de la concession la Boiteuse.

Le 22 septembre 1887 les mines Mérétrice et Boiteuse sont instituées mines de plomb argentifère au nom d’Higginson et Pelatan. Ce dernier vendra, à son tour, tous ses droits à Higginson le 5 mai 1890.

Après les premiers problèmes rencontrés par l’exploitation souterraine, les ‘filons’ sont donc avantageusement exploités à ciel ouvert dans la ‘carrière’. De 1887 et 1891, l’exploitation s’est concentrée sur la zone oxydée la plus riche du gisement fournissant 5000 t de minerai à 30% Pb, 5% Zn et 300g/t Ag .

Croisille pressentait en 1886 l’écoulement du minerai de Mérétrice en Australie où il servirait au traitement de pyrites aurifères. Cependant comme le rapporte Glasser, le traitement du minerai est facile alors que le minerai brut est d’une valeur un peu trop faible pour supporter les frais de transport. Il sera donc traité sur place, à la fonderie de Pam, sur l’autre rive du Diahot. Cependant, le temps de mettre en opérations la fonderie, le minerai restera stocké un moment sur le carreau de la mine, puisque les premiers produits marchands ne sortiront de l’usine de Pam qu’en 1890.

La carrière va peu à peu s’agrandir pour atteindre une trentaine de mètres de profondeur. Mais au-delà de 10 mètres de minerai oxydé, elle va s’enfoncer dans les sulfures dont le teneur en plomb faiblie tandis que la teneur en zinc augmente. De nouveaux travaux souterrains sont entrepris. A partir d’un puits P1, creusé au sud de la carrière, est tracé un travers-bancs vers le NNE pour rejoindre les amas minéralisés sous la carrière. Le travers-banc est également tracé vers le SW pour atteindre une autre masse minéralisée. Le puits P3 percé au SW avait été creusé pour atteindre le même corps minéralisé.

Du fond du puits P9 a été tracé une galerie pour atteindre l’aval pendage du chapeau de la découverte, elle a croisé le prolongement du minerai exploité dans la carrière. Le puits P5 percé en rive droite du ruisseau, au toit du chapeau de la découverte, a atteint les sulfures à 3,25 m de profondeur.

Après la liquidation en 1891 de la Société des Mines du Nord, Higginson cède ses parts de la mine à l’International Mining Corporation Ltd. en 1896. Cette société est une filiale d’une importante banque londonienne : la London and Globe Finance. Celle ci revend ses parts un an plus tard à l’International Coporation Ltd. gérée à nouveau par Higginson. Les travaux d’exploitation menés entre 1897 et 1898 permettent d’extraire 2200 tonnes à 15-20% Pb et 25-30% Zn.

En 1900 la société est à nouveau liquidée et les droits miniers sont transférés à la Caledonian Mining Coporation Ltd. Cette société n’effectue aucun travaux notables. Les droits sont rachetés aux enchères par Higginson le 29 août 1903.

Les héritiers d’Higginson cèdent leurs droits à Huet et Pognon le 27 mars 1924. Ceux-ci engagent quelques travaux entre 1925 et 1926 pour terminer le dépilage de la lentille principale.

Le 26 mars 1929 les droits sont transférés à la Société Minière du Diahot. La société prévoyait à l’origine la construction d’une usine de flottation à Tao pour séparer les sulfures de plomb et de zinc.

Sur le site, elle effectue un équipement souterrain de la mine. Une descenderie inclinée à 45° et longue de 75 mètres est ouverte en prolongement du puits P3. A partir de cette descenderie, la minéralisation est recoupée puis tracée vers l’Ouest et l’Est sur un niveau situé 14 mètres sous le fond de la carrière. Sur les 125 mètres de galerie, le minerai aurait été reconnu sur 65 mètres avec une puissance d’environ 0,80 m .

La crise mondiale arrivant, la SMD fait faillite en 1930. Entre 1925 et 1930 auront été extraites 8000 t de minerai à 13,5% Pb et 28% Zn. Fin 1930, les réserves situées à l’amont-pendange sont estimées à 9000 t, le même tonnage se trouve en aval-pendage. Les droits de la mine sont mis aux enchères en 1936 et remportés par Rampal prête-nom d’un ressortissant allemand Burkard. Avec la guerre la Mérétrice est donc mise sous séquestre.

En 1949, c’est à nouveau Pognon qui s’intéresse à Mérétrice où il reste 2 à 3000 t de minerai qu’il compte ajouter aux 1750 t qu’il avait extraites en 1927-28 et entreposées à 3,5 km de Mérétrice sur les rives du Djavel. Le service des Domaines, administrateur séquestre des avoirs allemands, avec l’avis du Service des Mines juge le prix de 200 f la tonne proposé par Pognon beaucoup trop faible. Seulement 1750 t seront donc exportées vers une fonderie aux USA.

Dans les années 50, la mine devient propriété d’Henri Lafleur après une mise aux enchères décidée par les héritiers de Rampal. La France entreprend à cette époque une prospection des gîtes de Pb-Zn au Maroc, en A.E.F. et...en Nouvelle-Calédonie. Le service des Mines signale en 1952 la relative richesse des déblais qui permettrait de constituer un stock d’au moins 5000 tonnes de minerai à faible teneur.

Concernant les réserves en roche, le gros du minerai connu étant déjà dépilé, la prospection consistera à rechercher des extensions latérales ou en profondeur du gîte. Les travaux de prospection sont entrepris par le BUMIFOM de 1956 à 1960. Puis entre 1969 et 1973 ce sont le B.R.G.M., la Banque de l’Indochine et la S.L.N. qui s’associent dans le Syndicat Nord-Calédonie pour prospecter le Diahot sans résultats probants.

Dans les années 80 l’Inventaire minier du Territoire permet de préciser la forme du gisement par prospection géologique, géochimique et géophysique. Seize sondage sont réalisés, et le minerai sulfuré subit des essais minéralurgiques. Le rapport final souligne la possibilité d’une exploitation à ciel ouvert.

Gîtologie

La minéralisation sulfurée est concordante dans la série, localisée dans une couche d’origine hydrothermale exhalative. Cette couche est encaissée dans une tranche lithostratigraphique de la formation de Pilou : les schistes noirs pyriteux et graphiteux, les tufs rhyolitiques et le niveau silico-carbonaté. Ces roches ont subit quatre phases de déformation qui confèrent à la couche des plissements. Ce sont ces plissements qui expliquent la disposition trompeuse de la minéralisation en trois filons parallèles décrite par les anciens.

La dernière phase, de style cassant est responsable de décrochements senestres de direction N40°E. La disparition du des couches minéralisées de l’autre coté du décrochement pourrait s’expliquer par une composante verticale de la faille, et l’érosion du compartiment surélevé.

La minéralisation en surface reste limitée entre la terminaison ouest de la carrière et le chapeau de la découverte. Grâce aux sondages le gisement a été reconnu jusqu’à la profondeur de 53 m où la couche semble se pincer.

Le minerai sulfuré est composé de blende et galène en grains finement imbriqués. La maille de libération à atteindre pour séparer les deux sulfures et valoriser le minerai est de l’ordre de 40 µm. Dans le minerai sulfuré c’est le zinc qui est majoritaire (29,6 %) suivi du zinc (12,4%) . Les teneurs en argent sont encore élevées (95 g/t) celles en or beaucoup plus faibles (0,1 à 0,6 g/t).

Le minerai du chapeau de fer et de la zone de cémentation (zone de battement de la nappe) est enrichi en plomb (25-30 %) et argent (300 à 400 g/t), les teneurs en zinc sont plus faibles (15-25 %) car celui ci est lessivé dans la zone supergène. Le minerai oxydé est également enrichi en or (avec des teneurs allant de 0,5 à 3,7 g/t).

Un minerai zincifère plus pauvre est également connu dans les couches rouges qui sont encaissées dans la formation silico-carbonatée.

Au terme de son inventaire minier le BRGM a calculé des réserves possibles estimées à 25 à 30 000 t de minerai à 40% Zn+Pb ( 2/3 Zn et 1/3 Pb)

Minéralogie

Le gîte de Mérétrice avec la présence de plomb, zinc et cuivre et le développement d’un large chapeau de fer figure parmi les mines calédoniennes les plus riches en espèces minérales. Compte tenu de l’abondance de blocs minéralisés dans les déblais nul doute que la liste des espèces va encore s’allonger. La présence d’arsénopyrite et de cuivres gris notamment laisse supposer la présence de nombreux arséniates dans le chapeau de fer.


Blende ZnS
C’est le sulfure le plus abondant. Il se présente en fins agrégats de grains brunâtre fragiles, ne présentant pas de faces cristallines nettes.

Galène PbS
En tant que minerai de plomb, ce sulfure n’est pas très abondant dans les déblais. Il est fréquemment associée à la blende. La galène constitue le noyau non altéré de blocs de cérusite sous la forme de masses au clivage cubique net. Aucun cristaux net n’a été rencontré jusqu’à présent.

Pyrite FeS2
Elle peut être abondante, se présente souvent en fins cristaux groupés en pyritosphères. Associée à la marcasite elle constitue un gros bloc au fond de la carrière.

Arsénopyrite FeAsS

Ce fut un des premier sulfures à se former. Associé à la pyrite il est difficile à reconnaître.

Chalcopyrite CuFeS2

Relativement rare à Mérétrice, associé à la blende.

Covellite CuS
Ce minéral se forme dans la zone de cémentation il donne croûtes de teinte violacée à la surface de la chalcopyrite.

Tétraédrite Cu12Sb4S13
Ce cuivre gris a été rencontré en inclusions dans la galène. Briggs rapporte la présence de tétraédrite massive dans la partie inférieure de la lentilles principale.

Argentite Ag2S
En inclusion dans la galène.

Parmi les autres sulfures signalés à Mérétrice, on peut citer chalcocite, enargite et köstérite. La plupart ne sont reconnaissables que sur sections polies au microscope métallographique.

Argent natif Ag
Signalé lors de l’exploitation par Croisille et Glasser, l’argent natif a été également décrit par Lacroix, à la surface des cristaux de cérusite en une mousse formée par de délicates fibrilles. De nos jours il est rare dans les déblais. Un échantillon montre de très fins cristaux groupés en sapin.

Soufre S

Assez fréquent en petit cristaux globuleux jaune citron à proximité immédiate de la galène corrodée.

Cassitérite SnO2
Cet oxyde d’étain, typique des gisements volcano-sédimentaires, se trouve en inclusions dans la blende.

Cuprite Cu2O
Rare, rencontrée dans quelques échantillons du chapeau de la découverte avec de la malachite en cristaux octaédriques recouverts de goethite.

Goethite FeOOH
Très abondante dans le chapeau de fer, associée à la limonite elle forme la gangue des cristaux de cérusite.

Cérusite PbCO3
Ce carbonate fut le principal minerai de plomb. Il est omniprésent sur les tas de minerai oxydé laissés sur le carreau de la mine.

Lacroix rapporte dans sa Minéralogie de la France et de ses colonies (1893-95) la richesse des affleurements de Mérétrice en magnifiques minéraux cristallisés, dont la cérusite qu’il décrit en détails.

Il distingue deux types :

- En cristaux blanc laiteux atteignant 1 cm, implantés sur de la galène ; elle constitue parfois des masses finement cristallisées épigénisant la galène.

- Dans la limonite, en enchevêtrements de cristaux formant des masses spongieuses de plusieurs kilogrammes.

C’est sous cette deuxième forme que l’on trouve le plus fréquemment la cérusite dans les déblais. Les géodes sont petites mais très abondantes avec des cristaux souvent maclés. Lorsque la chalcopyrite accompagnait la galène on note dans les blocs d’oxydé la présence de cristaux de cérusite verts, cette couleur est due à la présence d’une fine pellicule de cristaux de malachite ou de brochantite.

Smithsonite ZnCO3
Ce carbonate est abondant dans les couches rouges. On le rencontre en cristaux rhomboédriques aux faces arrondies à l’allure de grains de riz.de couleur blanchâtre ou grisâtre.

Hydrozincite Zn5(OH)6(CO3)2
Toujours associé à la smithsonite, l’hydrozincite est un minéral pulvérulent de couleur blanc jaunâtre.


Malachite Cu2(OH)2CO3
Alors que le minerai de Mérétrice est réputé pauvre en cuivre, la malachite est très abondante dans le chapeau de la découverte. Elle forme de magnifiques gerbes de cristaux aciculaires atteignant 1 cm de long et couvrant de larges surfaces.

Azurite Cu3(OH)2(CO3)2
Assez rare, en fines peintures dans les fractures parcourant l’affleurement du chapeau de la découverte.

Aurichalcite (Zn,Cu)5(OH)6(CO3)2
Signalée par Lacroix. L’aurichalcite semble pseudomorphoser certains cristaux de malachite trouvés dans le chapeau de la découverte.

Calcite CaCO3
Elle constitue une partie de la gangue dans la formation silico-carbonaté mais ne donne pas de bons cristaux.

Barytine BaSO4
Assez rare en cristaux prismatiques associés à la cérusite.

Gypse CaSO4.2H2O
Il se forme par altération des sulfures au contact des schistes. En efflorescences dans les zones humides des galeries.

Anglésite PbSO4
Fréquente, l’anglésite est difficile à distinguer de la cérusite qu’elle accompagne souvent. Elle n’est pas maclé comme les cristaux de cérusite et se présente en cristaux prismatiques terminés en biseau.

Brochantite Cu4(SO4)(OH)6
En petits cristaux verts formant des fines croûtes dans les fissures de la goethite massive parsemée de reliques de chalcopyrite.

Linarite PbCu(SO4)(OH)2
En fin cristaux allongés associés à la cérusite et recouvrant parfois les cristaux d’une fine pellicule bleue. Ce sulfate de cuivre et plomb est également associé à l’hémimorphite.

Calédonite Cu2Pb5(SO4)3(CO3)(OH)6
Etymologiquement calédonite vient de l’ancien nom de l’Ecosse où ce minéral a été décrit pour la première fois… Donc à l’origine la calédonite n’a rien à voir avec l’archipel du Pacifique Sud, cependant elle y est signalée par Ungemach (1912). Le gîte dont il parle pourrait bien être celui de Mérétrice.

Hémimorphite Zn4Si2O7(OH)2.H2O
En fine lattes rectangulaires translucides ou blanchâtres groupées en oursins ou éventails. Souvent associée aux minéraux secondaires de cuivre et aux sulfates.

Pyromorphite Pb5(PO4)3Cl
Signalée à l’affleurement par Lacroix, en cristaux prismatiques hexagonaux de couleur vert jaunâtre.

Olivénite Cu2(AsO4)(OH)
Cet arséniate a été rencontré seulement sur quelques échantillons en très petits cristaux.